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07/02/2012

:- /

art,

Peinture : Luc Dondeyne d'autres images ici

Photo & texte à deux voix : FredRolland

- "Monsieur, vous avez fait tomber quelque chose,
- Merci jeune homme, vous pouvez la garder...
- Oh, répondit le jeune homme dans un léger rougissement des joues,
- Humm, jolie couleur, dit l'homme, énigmatique, se rapprochant subrepticement...
Profondément troublé, le jeune homme rattrapa le verre qui allait lui échapper des mains mais renversa quelques gouttes de vin rouge sur le t-shirt blanc de l'inconnu, à la hauteur du téton.  Un vent léger souleva les voilages des fenêtres immenses, on entendit au loin le chant d'amour de Lakme...
- Essayez-vous de me séduire ? dit l'un des deux.
Le trouble donnait à l'atmosphère l'impression d'une moiteur palpable ; une onde de notes passa encore dans un frémissement de l'air. Le temps sembla s'étirer de toute la langueur de leurs regards, rendant insondable la limite entre leurs pensées. L'homme s'inclina imperceptiblement en avant, et du bout de l'index de la main qui tenait son verre, vint effleurer l'étoffe qui couvrait le torse du jeune l'homme. "A ce moment-là, ma femme a bougé et... je me suis réveillé" s'entendit-il dire en hurlant d'une voix emplie de terreur suppliante. Il s'était redressé, le corps en avant, dans un accès d'agitation fébrile. Son regard affolé semblait désormais perdu, accroché à d'invisibles images. La sueur dégoulinait le long de son visage, baignant peu à peu son corps d'une sensualité tragique. L'espace d'un instant, son esprit s'était envolé au loin. Il essuya une goutte de sueur qui perlait au dessus d'un sourcil, regarda je jeune homme un bref instant, et, sans rien dire, fit un pas en avant vers le buffet dans l'idée de se resservir du vin. Tentant de reprendre intérieurement une contenance qui, de dehors, ne semblait pas entamée, il remplit partiellement son verre, le porta brièvement à ses lèvres, sourit légèrement et dit :
- Il me semble que ce serait tricher que d'aller plus avant ; je suis marié.
Son ton, doux et empreint d'un calme posé, semblait vouloir ménager la réception que son partenaire en ferait. Le jeune homme recula légèrement, figeant sa surprise derrière un sourire. L'homme semblait n'avoir pas trouvé d'autre argument pour contrer leur désir, que de battre en retraite derrière l'institution censée le contenir. Finalement, il lui exprimait ainsi l'évidence : n'eût-il pas été marié, qu'il aurait succombé avec moins de détours à cette délicieuse entreprise de séduction réciproque.
- Monsieur, vous tentez de me séduire, n'est ce pas ? ajouta le jeune homme.
- Oui, répondit l'homme marié, de plus je suis une grosse salope qui racole les mecs sur Internet.  Mais que pensez-vous du temps, pensez-vous que le froid va continuer ?
Le bref silence qui suivit était à peine masqué par le léger brouhaha qui venait de salles adjacentes où les convives faisaient battre la fête de son plein. La tension sexuelle était palpable. On aurait pu entendre Barbara Cartland se retourner dans sa tombe. Enfin, il se dévoilait sous un jour nouveau. Le jeune homme fut traversé d'un frisson. Entrevoyant une perspective non moins excitante au jeu qui les occupait, il marqua une pause ; son regard, perdit en pétillement ce qu'il gagna en intensité. Il ébaucha de coin un petit sourire : il faisait vraiment trop froid pour s'isoler contre un mur de l'escalier commun ; l'impasse du moment n'en était que plus électrisante.
- On annonce que le gel va durer, dit-il les lèvres un peu sèches, et après un instant d'hésitation, il ajouta amusé : mais, qu'entendez vous au juste par grosse salope ?
- Taisez-vous, grand fou, et embrassez-moi..."

In "Le Bal des Hystériques", FredRolland 2012

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